La «Dollard-mania»

Buste de Dollard des Ormeaux, plâtre peint. Vers 1923. CRLG, Fonds Lionel-Groulx (P1/Y, 286). Photo : James Gauthier.

Buste de Dollard des Ormeaux, plâtre peint. Vers 1923. CRLG, Fonds Lionel-Groulx (P1/Y, 286). Photo : James Gauthier.

L’histoire de Dollard des Ormeaux, jeune commerçant intrépide fauché avec ses compagnons en tentant de repousser les Iroquois sur l’Outaouais, aurait pu passer inaperçue dans l’histoire de la Nouvelle-France si ce n’eût été de quelques intellectuels à la recherche de héros pour la patrie. En 1660, dix-sept Français et leurs alliés hurons et algonquins interceptent un groupe d’Iroquois chargés de fourrures, qui mettent en péril le réseau commercial de la jeune et fragile colonie, et par là même son existence. Décimés au Long-Sault par leurs ennemis trop nombreux (700), leur histoire sera connue grâce à un survivant huron. En 1910, le milieu journalistique saisit l’occasion du 250e anniversaire pour proposer une commémoration. Cette idée sera reprise avec vigueur par Lionel Groulx, Le Devoir et plusieurs associations patriotiques. On fera de Dollard le défenseur de la civilisation face à la barbarie. À partir de 1918, Groulx est l’animateur d’un véritable culte autour de Dollard : il organise des pèlerinages historiques au Long-Sault, où un monument vient d’être élevé, fait fabriquer des « roses de Dollard » que l’Action française vend, imprime la figure de son héros en couverture de la revue. Une véritable industrie se développe autour du héros sacré. Cet enthousiasme perdra de la vigueur à la fin des années 1920, mais renaîtra épisodiquement au cours du siècle.