1949 à 1969 — La Révolution tranquille

Les années précédant la Révolution tranquille ont longtemps été vues comme un temps d’attente. En effet, les réformes souhaitées de longue date par les nationalistes et les partisans d’une plus grande présence de l’État dans la vie des citoyens ne verront le jour que dans les années 1960. Mais la décennie qui précède donne en réalité lieu à un bouillonnement d’idées qui, avant 1960, ne rencontrent que peu d’écho. C’est que les Canadiens français (qu’on n’appelle pas encore Québécois) n’ont pas, politiquement et économiquement, les moyens de réaliser leurs rêves et de satisfaire leurs besoins.

L’urgence de refranciser le Québec est toujours présente, et l’idéologie de la survivance aussi. Les francophones doivent se tailler une place dans la fonction publique fédérale, dans l’affichage et dans le commerce. On lance des campagnes d’« achat chez nous », on appelle à une réforme en profondeur de l’éducation. La soif de justice des Canadiens français s’exprime par des émeutes – comme celle du Forum en 1955 –, des grèves – secteur français de Radio-Canada en 1959 – et des campagnes d’opinion.

Avec l’arrivée au pouvoir de l’équipe de Jean Lesage, un vent favorable au changement se met à souffler sur la province : les réformes économiques, sociales, politiques et culturelles dont rêvent les intellectuels de L’Action nationale ou de Cité libre cessent d’être de vains griffonnages ignorés et relégués aux oubliettes par les gouvernants. Mais la laïcisation et la naissance de l’État-providence ne se font pas sans heurts : les ecclésiastiques et les catholiques fervents ne sont pas prêts à laisser partir leur patrimoine en fumée, et le spectre du communisme éveille la méfiance à l’égard des politiques sociales.

C’est aussi l’époque où l’idée d’indépendance prend de la vigueur : après l’Alliance laurentienne fondée en 1957, c’est au tour du Rassemblement pour l’indépendance nationale de faire son apparition en 1960. Trois ans plus tard, les bombes du Front de libération du Québec font prendre un tour violent au débat. Ce même Front sera en 1970 à l’origine de la Crise d’octobre, qui jettera une douche froide sur l’enthousiasme contagieux dont les Québécois ont fait montre pendant cette décennie.

1949 à 1969 — La Révolution tranquille