La bataille du Château Maisonneuve

Photographie de Pierre Laporte et François-Albert Angers remettant la pétition pour le nom «Château Maisonneuve», Le Devoir, 5 juillet 1955, p. 6.

Photographie de Pierre Laporte et François-Albert Angers remettant la pétition pour le nom «Château Maisonneuve», Le Devoir, 5 juillet 1955, p. 6.

En 1954, le président des Chemins de fer nationaux (CN) Donald Gordon annonce que le nouvel hôtel que la compagnie construit à Montréal se nommera le Queen Elizabeth. Rapidement, des voix s’élèvent pour protester : la Chambre de commerce des jeunes de Montréal demande que le nom soit au moins bilingue, ce à quoi Gordon acquiesce. Mais en février de l’année suivante, la Société Saint-Jean Baptiste propose un nom qui rallie tous ceux qui réclament une appellation française : Château Maisonneuve, en l’honneur du fondateur de la ville. La Ligue d’Action nationale se lance alors dans la campagne et inaugure une pétition. Elle est appuyée par une vingtaine d’associations professionnelles ou patriotiques. Le premier signataire est le jeune maire Jean Drapeau. La campagne va si bon train que Le Devoir proclame d’avance la victoire. Mais c’est oublier la personnalité du président Gordon, qui affirme que les démarches des Canadiens français sont vouées à l’échec. En juillet, la pétition de 200 000 noms (le double du chiffre visé) est déposée à Ottawa. En septembre, le couperet tombe : Gordon maintient le nom de Queen Elizabeth, sous le prétexte qu’il aurait reçu des « centaines » de lettres appuyant son choix. La campagne entre dans une nouvelle phase. André Laurendeau écrit : « Le Queen Elizabeth devient le prototype des humiliations avalées jusque-là en silence ». L’Action nationale dénonce le refus de Duplessis de faire voter une motion en faveur du nom français, elle écrit à tous les députés québécois à Ottawa. Peine perdue : on ignore les cris d’indignation qui fusent de partout encore un temps, avant de s’essouffler.

1949 à 1969 — La Révolution tranquille
La bataille du Château Maisonneuve