1970 à 1995 — La question nationale en débat

Vers la fin des années 1960, le Québec entre dans une période agitée. Les élans qui avaient facilité les réformes de la Révolutions tranquille ne servent plus de grands consensus. Les objectifs et la portée de ces réformes divisent au moins autant qu’ils rassemblent. La mutation identitaire au terme de laquelle les Canadiens français se penseront comme une majorité au Québec va provoquer de profonds bouleversements. Sur le plan culturel, cette mutation fera de la culture québécoise un creuset exceptionnel. Poésie, théâtre, cinéma, il n’est pas de domaines où l’expérience collective ne se traduise selon de nouveaux langages en se donnant de nouveaux repères.

Les débats identitaires auront un impact importants sur la vie politique. La résurgence des thèses indépendantistes, la montée des revendications pour faire du français la seule langue officielle, de même que la recherche accrue de l’intervention de l’État pour soutenir le développement et assurer une meilleure justice sociale vont susciter une recherche intense qui s’exprimera tout autant dans la rue par les manifestations de toutes sortes que dans la vie des partis politiques. La création du Parti Québécois et son arrivée au pouvoir (1976) vont provoquer un déplacement des idéologies politiques. L’espace politique du Québec se définira désormais par une polarisation dont les termes seront radicalement irréconciliables : ou les Québécois forment une minorité dans le Canada, ou ils contrôlent le seul État où leurs intérêts nationaux peuvent s’exprimer sans avoir à subir le filtre des compromis imposés par la majorité canadienne. L’Action nationale consacrera de nombreuses pages à l’analyse et aux débats suscités par cette polarisation.

Pour la revue, il n’est pas toujours facile de trouver sa place et de faire entendre sa voix entre les grandes organisations qui s’affrontent avec des moyens sans commune mesure avec les siens. Elle prend part aux campagnes référendaires (1980, 1995), se penche sur les enjeux des diverses campagnes électorales et exerce une vigilance de tous les instants à l’égard des tenants du fédéralisme qui lui semblent désormais troquer le destin de la nation pour une certaine paix constitutionnelle. L’Action nationale publie en janvier 1996 un texte du sénateur Arthur Tremblay, qui consacre l’impossibilité de définir un destin spécifique pour le Québec dans le Canada. Il s’agit alors d’un tournant dans l’histoire de la revue. Ses efforts vont désormais se concentrer non plus sur les modèles d’arran gements constitutionnels, mais bien sur la façon d’amener tous les groupes de la société à réaliser que la minorisation n’est pas une voie de développement pour le Québec. Le dynamisme culturel, les acquis sociaux et le potentiel de développement du Québec ne se résument certes pas au statut politique. L’Action nationale cherche, dans tous les domaines de la vie, à créer un espace de pensée où le Québec est une référence pour lui-même. La revue explore tous les enjeux de société en considérant le Québec comme une totalité.

1970 à 1995 — La question nationale en débat