Introduction

Servir la nation

Les institutions culturelles et intellectuelles n'ont pas la vie longue au Québec, surtout celles qui ne sont pas subventionnées par des institutions publiques et qui originent de la société civile. Les associations, les mouvement de pensée et les revues naissent, mais meurent rapidement au fil des changements de conjonctures et du manque de lecteurs. Lionel Groulx conscient du caractère éphémère de l'action intellectuelle s’étonnait en 1918 que la revue L'Action française ait pu célébrer son premier anniversaire : « Dans notre vie canadienne, écrivait-il, il n’y a qu’un seul événement qui soit plus banal que la naissance d’une revue et c’est la mort d’une revue.» 1 Ce constat empreint de pessimisme ne s'est toutefois pas appliqué à L’Action française-nationale, fondée en 1917, qui depuis un siècle, année après année, persiste à mener le combat pour la construction d’une nation de langue française en Amérique. Pour fin de comparaison, rappelons ici que le Reader's Digest fut fondé en 1922.

L'histoire de L'Action nationale est en quelque sorte l'histoire de la nation québécoise dont elle a forgé l'identité par son action intellectuelle. Avec la publication de 1 000 numéros et plus de cent mille pages de texte, L'Action nationale a pris part à tous les combats qui ont fait l'histoire du XXe et XXIe siècle. À travers le siècle écoulé, les conjonctures et les problèmes ont varié et la revue a su adapter la stratégie de construction de la nation comme en témoignent les changements de mots d'ordre ou d'orientations : maintenir le catholicisme et la civilisation française en Amérique; reconquérir l'économie par l'éducation et la coopération, lutter contre la centralisation et défendre l'autonomie provinciale au nom de la théorie du pacte entre les deux nations, nationaliser les ressources naturelles, pour aboutir au projet global d'indépendance qui synthétise les aspirations d'une nation moderne. Cette lutte n'est pas achevée et L'Action nationale demeure indispensable tant que l'indépendance n'est pas faite parce que pour y arriver il faut de la cohérence et des convictions fortes.

1 Lionel Groulx, « Pour l'Action française », Dix ans d'Action française, Montréal, Bibliothèque de l'Action française, 1926, p. 43.

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